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60 ans d’indépendance du Tchad : un bilan mitigé

L’indépendance du Tchad a été acquise après moult sacrifices de ses leaders qui n’ont pas lésiné sur les moyens. Cette autonomie a été jalonnée de crises, de mauvaise gouvernance, de la politique d’exclusion et d’injustice.

A l’instar d’autres colonies françaises d’Afrique noire, le Tchad a accédé à la souveraineté internationale le 11 août 1960. Cette autonomie interne a été acquise aux termes d’âpres luttes par les leaders tchadiens comme Ngarta Tombalbaye, Ahmed Koullamah, Sahoulba Gontchomé, Ahmed Kotoko,  Djibrine Kerrallah, Gabriel Lisette  et autres. Elle  a été  le résultat de plusieurs actions menées par ces dirigeants charismatiques. Ils ont tenu tête aux colons malgré les intimidations et les chantages.  C’est grâce à leur vaillance et héroïsme que le Tchad entre enfin  par la grande porte dans le concert des Nations libres et indépendantes. Il faut inscrire dans le palmarès de ces leaders, la participation du Tchad à la deuxième guerre mondiale.

Le Tchad est le premier pays Africain à répondre à l’appel du 18 juin 1940 lancé par le Général De Gaulle à partir de la BBC. Un appel pour exhorter les peuples de colonie à se joindre à la France pour pouvoir continuer la résistance contre l’occupant Allemand en disant ceci « la France a perdu la bataille et non la guerre ».

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L’intervention très remarquée des soldats tchadiens avait permis de libérer la France du joug Allemand. En reconnaissance de cette bravoure, le Tchad a obtenu son indépendance. Et M. François Tombalbaye, leader du PPT/RDA a été porté à la tête du pays.  Quelques jours après, il a formé le premier gouvernement postcolonial. Cette équipe gouvernementale reflète l’ensemble de la réalité du pays  puisque toutes les tendances politiques étaient représentées. Deux ans après, cette entente  parfaite a volé en éclats à cause de erreurs commises par le Président Tombalbaye qui a décidé lors du congrès tenu le 19 janvier 1962  à Abéché, actuelle capitale de la Province du Ouaddaï, de dissoudre tous les autres partis politiques et laisser seul sur l’échiquier politique son parti le PPT/RDA (Parti Progressiste Tchadien /Rassemblement Démocratique Africain).

Cette décision selon le Président Tombalbaye permet de consolider l’unité nationale. Ce qui a exacerbé les tensions entre les différents responsables des partis dissouts.   Entre-temps, le Chef de l’Etat a basculé complètement dans la dictature. Et la goûte d’eau qui a débordé le vase, c’est la répression sanglante  de la manifestation du  16 septembre 1963 à Fort-Lamy qui a fait beaucoup de morts et de blessés.  Elle a été suivie d’arrestations musclées des leaders politiques du Nord comme Djibrine Kerrallah  et  Jean-Baptiste.  Le Président Tombalbaye n’a pas su calmer la situation et s’est plutôt radicalisé. Les cadres du septentrion qui se disaient marginalisés  et exclus de la gestion de la chose publique ont décidé de porter sur les fonts baptismaux  le 22 Juin 1966 à Nyala au Soudan, le FROLINAT (Front de libération nationale du Tchad).

La mise sur pied de ce parti politico-militaire qui a pour but de rétablir la justice  a été précédée  de la jacquerie  des paysans  de Magalmé  en octobre 1965  dans le Guéra au centre du pays. Il faut dire que certains administrateurs locaux n’ont pas facilité la tâche au pouvoir. Leurs comportements arrogants n’avaient pas pu arranger les choses. Ce qui a entraîné le pays dans une zone de turbulence jusqu’aujourd’hui.

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Les cadres du septentrion qui  se disaient lésés ont regagné les rangs de la rébellion et le pays a été pris en tenaille par les chefs de tendances. Le Président Tombalbaye n’a eu d’autre choix que  de demander l’intervention de l’armée française et cela dans le cadre des accords de coopération qui lie  le Tchad à la France. Cette intervention n’a fait qu’aggraver la situation militaire sur le terrain. Le mécontentement est palpable dans la partie nord du pays et la rébellion a gagné du terrain  à l’extrême nord, au centre et à l’Est du pays.

Malgré cette situation dramatique, le Président Tombalbaye a introduit l’initiation pour les cadres du sud, c’est-à-dire le retour aux sources. Une année après, il a été renversé par un coup d’état militaire dirigé par des jeunes officiers. Il a été tué lors de ce putsch le 13 Avril 1975. Cette junte militaire a choisi l’un des plus  hauts gradés de l’armée qui venait d’être libéré des geôles de Tombalbaye, le Général de brigade Félix Malloum  Ngakoutou Beindi  pour diriger cette junte militaire.

Ce coup d’Etat a été  accueilli de façon mitigée au sein de la rébellion. Mais, ces nouvelles autorités avaient, dans leur première déclaration à la nation, décidé de jouer la carte de la réconciliation nationale. C’est ainsi que deux ans  après leur prise de pouvoir, elles ont décidé de tendre la main à une des tendances dissidentes du FROLINAT/FAP de Goukouni, M. Hissein Habré qui dirigeait le CCFAN (Conseil  de commandement des Forces armées du Nord) qui se trouvait avec quelques carrés de fidèles au Soudan. Ce dernier étant en position de faiblesse en son temps a saisi cette main  tendue qui a abouti aux accords de Khartoum de Mars 1977 et la mise en place d’une charte fondamentale qui tient lieu de constitution et  sa nomination en Août 1978 comme Premier Ministre , chef du Gouvernement.

A peine cinq mois d’exercice de pouvoir, le Premier Ministre, Hissein Habré et ses partisans ont déclenché la guerre civile dans la capitale le 12 Février 1979. Cette guerre a ravagé le pays jusqu’aux accords de Kano 1 et 2 et Lagos 1 et 2 qui ont abouti à la mise en place du Gouvernement d’union nationale de transition (GUNT) dirigé par l’un des chefs de tendance le plus représentatif M. Goukouni Weddeye.

Ce gouvernement qui contenait beaucoup de chefs de tendance a été renversé par Hissein Habré, chef du CCFAN (Conseil de commandement des Forces armées du Nord) le 7 juin 1982. Ces anciens collaborateurs qui  ne  pouvaient pas supporter sa dictature ont décidé de se rebeller contre lui le 1erAvril 1989. Ceux-ci  sous la bannière du MPS (Mouvement Patriotique du Salut) sont revenus le chasser du pouvoir  à son tour le 1er Décembre 1990. Les nouvelles autorités ont fixé le peuple lors du discours du 04 décembre 1990 d’instaurer la démocratie et le pluralisme politique. Une Conférence nationale souveraine a été organisée en 1993 suivie des premières élections pluraliste en 1996, 2001, 2006, 2011  et le cycle se poursuit. Ainsi va le parcours  politique Tchad  de l’indépendance jusqu’à nos jours.

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