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L’essentiel de l’interview de Hichem Mechichi

A peine un mois après son installation, le nouveau gouvernement de Hichem Mechichi se retrouve face à l’obligation de relever plusieurs défis. Outre la grande vague épidémique, la Tunisie a vécu, ces derniers jours, plusieurs tragédies successives allant du meurtre d’une jeune fille Rahma, du décès d’une fillette dans les égouts, de la mort d’un quinquagénaire lors d’une opération de démolition jusqu’à l’effondrement d’une maison à la suite d’une explosion de gaz. Aujourd’hui, suite à ces drames et après avoir déposé le PLF de 2021, le chef du gouvernement accorde sa première interview à la chaîne nationale face au journaliste Chaker Becheikh. Décryptage.

La gestion de la pandémie Covid-19

Dans un premier temps, le chef du gouvernement a indiqué que la situation épidémique est difficile mais que le gouvernement ne restera pas les bras croisés et qu’il la surmontera grâce aux efforts de tous les acteurs. « Ce que nous avons vécu au début n’était pas une première vague. Il s’agissait de quelques cas importés. Pour y faire face, l’ancien gouvernement a fermé le pays. Nous n’allons pas procéder de la même manière puisque cette méthode a démontré ses limites ».

Revenant à la gestion de crise, Hichem Mechichi a indiqué que cette mission revient à la commission scientifique, précisant que le gouvernement ne fait que traduire les recommandations de la commission en une série de mesures adéquates. « Les conclusions sont claires : l’unique solution réside dans les gestes barrières. Le gouvernement les a imposés en infligeant même des amendes en cas d’infraction. Nous allons mettre des masques à disposition des classes défavorisées. Nous avons injecté des fonds supplémentaires pour acquérir des équipements sanitaires et renforcer les ressources humaines ».

Le chef du gouvernement a abordé la question des aides reçues, assurant que les fonds n’ont pas été dépensés à cause de la bureaucratie et de la lenteur des procédures administratives, notamment l’élaboration des cahiers des charges et des appels d’offres. « Ceci est inadmissible, nous traitons une situation exceptionnelle avec des procédures classiques. Il faut agir d’urgence, nous sommes en situation de guerre et il est nécessaire de rompre avec ces procédures classiques ».

Et d’ajouter que le système de la santé publique souffre particulièrement d’un manque de ressources humaines, surtout au niveau de certaines spécialités. « Nous allons renforcer les ressources humaines et améliorer le niveau des équipements. Et ce à travers l’injection de fonds supplémentaires. Nous avons également décidé de considérer le Covid comme étant une maladie professionnelle. Toutefois je tiens à souligner que la majorité du personnel médical a contracté le virus dans le milieu privé et non dans le milieu hospitalier ».

Hichem Mechichi a abordé la question de l’exploitation de la situation épidémique par certains professionnels de la santé. Dans ce contexte, il a indiqué que l’Etat a multiplié les opérations de contrôle et d’inspection, assurant que les laboratoires ayant dépassé le tarif fixé par l’Etat ont été pénalisés. « Nous fixons les prix, nous multiplions les inspections et s’il est nécessaire de passer à la réquisition, nous le ferons ».

Toujours, dans le contexte épidémique, Hichem Mechichi a indiqué que le gouvernement tente de trouver un équilibre entre le respect des protocoles sanitaires et la situation économique. « Face à cette sinistrose, nous avons besoin de la créativité des hommes de culture pour mettre un terme à cette morosité ambiante », a-t-il dit en réponse aux protestations des artistes qui ont déploré l’arrêt total de leurs activités à cause des mesures sanitaires imposées par le gouvernement.

Situation économique et loi de finances 2021

Le chef du gouvernement s’est penché par la suite sur le volet économique et le projet de la LF 2021, « la situation des finances publiques est très difficile, nous sommes face à une dérive budgétaire. D’ailleurs nous avons révisé le déficit budgétaire de 3% à 14%. C’est un chiffre faramineux, mais nous avons opté pour la vérité et la transparence. Nous allons présenter les chiffres tels qu’ils le sont réellement, c’est l’unique moyen de rétablir la confiance. Nous ne pouvons entamer aucune réforme sans connaitre la situation réelle des comptes ».

Et de poursuivre : « nous avons respecté les engagements et les accords déjà conclus. Toutefois, nous n’allons pas nous engager si nous ne pouvons pas tenir nos promesses. Respecter les engagements concernant les augmentations salariales était indispensable pour rétablir la confiance avec les partenaires sociaux. Les bailleurs de fonds et les institutions financières internationales ont réagi positivement avec le gouvernement, tenant compte de sa franchise dans la présentation des chiffres réels ».

Hichem Mechichi a, également, indiqué que la situation financière est exceptionnelle et nécessite des mesures exceptionnelles. « C’est pour cela que nous avons recours à la banque centrale. Les expériences des autres pays ont démontré que l’intervention de la banque centrale n’aura pas forcément un impact sur l’inflation ou sur le cours du dinar ».

Revenant sur la situation des établissements publics, le chef du gouvernement a considéré que ces établissements nécessitent une réforme de fond. « Mais d’abord, il faut que l’Etat paie ses dettes. Il est inadmissible que l’Etat soit un mauvais payeur ».

Economie parallèle et circuit informel

En ce qui concerne l’économie parallèle, M. Mechichi a indiqué que l’Etat doit œuvrer pour encourager l’intégration du circuit informel. « Nous devons mettre en place les mécanismes favorisant l’intégration du circuit informel. Les contravenants par la suite seront sanctionnés, mais avant tout, nous devons chercher à faciliter les procédures et parvenir à un contrat gagnant-gagnant entre les différentes parties ».

Les négociations avec la coordination d’El Kamour

Dans un autre contexte, le chef du gouvernement a abordé les négociations avec la coordination d’El Kamour. « Nous n’avons pas négocié directement avec la coordination, mais avec l’UGTT et les différentes parties sociales. Je réitère ma position par rapport aux engagements de l’Etat qui doivent être tenus. Je ne suis pas en d’accord pour les entreprises de l’environnement, ce n’est pas le modèle économique que je souhaite pour le gouvernorat de Tataouine, mais les promesses de l’Etat doivent être tenues. Cela dit, la vanne ne doit pas rester fermée et nous n’allons tolérer aucun arrêt de la production dans n’importe quel secteur ».

Le drame de Sbeitla

A propos du dernier drame de Sbeiltla ; le chef du gouvernement a assuré que l’Etat doit assumer ses responsabilités, soulignant que c’est ce qui justifie le limogeage du gouverneur de Kasserine malgré la colère populaire qui a fait suite à cette décision.

La relation avec Kaïs Saïed

Hichem Mechichi a ensuite abordé sa relation avec le président de la République. « Sur le plan humain, ma relation avec le président de la République est excellente et basée sur le respect mutuel. Sur le plan institutionnel, elle est régie par les dispositions de la constitution qui fixe les prérogatives de chaque partie. En ce qui concerne le processus de la formation du gouvernement, j’ai consulté plusieurs parties, notamment le président de la République et ces consultations font l’objet d’une évaluation par la suite », a-t-il indiqué.

Il a par ailleurs expliqué que le ministre des Affaires culturelles Walid Zidi n’a pas respecté les obligations de réserve et la discipline gouvernementale ce qui a justifié son limogeage.

 

Dans ce contexte, il a affirmé que le remaniement ministériel ne peut s’effectuer sans évaluation préalable. « Certes, nous tenons à la stabilité de ce gouvernement apolitique, mais cela ne veut pas dire qu’on tourne le dos aux partis politiques ».

Quant au retrait du projet de loi protégeant les forces armées, Hichem Mechichi a assuré qu’il y a eu plusieurs divergences, ce qui a nécessité son retrait pour réexamen. « Toutefois, il est nécessaire de mettre en place une loi protégeant les sécuritaires, sur le plan moral, mais surtout matériel ».

Au final, Hichem Mechichi a assuré qu’il est issu de l’administration publique et qu’il n’appartient à aucun parti politique. « Je suis le fruit du système public. Je fais partie de la classe moyenne et j’ai profité de l’ascenseur social. Certes, je n’ai pas d’appartenance partisane, mais j’ai une sensibilité politique. Le fait que je sois issu de l’administration tunisienne est un atout puisque je connais ses rouages et ses défaillances et je maitrise parfaitement les points de blocage de ce système »

source : business news __ 18/10/2020

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