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Maroc-Polisario : Etat des forces militaires sur le terrain

Derrière le discours agressif et belliqueux du Polisario, quelle menace réelle constitue cette milice pour les Forces Armées Royales ?

L’opération militaire menée dans la zone-tampon de Guerguerat à la frontière mauritanienne le vendredi 13 novembre, a mis un terme aux actes de provocation et de harcèlement des milices du Polisario, entamés depuis le 21 octobre. Les Forces Armées Royales, qui étaient cantonnées à un rôle exclusivement défensif sont pour la première fois depuis 29 ans (accords de cessez-le-feu entrés en vigueur le 6 septembre 1991), intervenues au-delà de la ligne de défense. Cette intervention dictée par la nécessité de mettre un terme au blocage par des miliciens armés du Polisario, de l’axe routier reliant le Maroc à la Mauritanie, est venue suite à l’échec des médiations par la voie diplomatique. En effet, malgré les rappels à l’ordre des Nations Unies par la voix de son Secrétaire Général et des responsables de la MINURSO présents dans cette zone, le Polisario n’a cessé d’encourager les actes de banditisme de ses milices armées contre les transporteurs routiers pris en otage et rackettés en violation flagrante du droit international.
A la suite de cette opération qualifiée par le communiqué des FAR comme «non offensive et sans aucune intention belliqueuse», les objectifs visés ont été atteints : le rétablissement du trafic routier et la mise en place d’un cordon de sécurité en vue de sécuriser le flux des biens et des personnes, tout en annihilant toute tentative future de déstabilisation du Polisario dans cette zone critique. L’opération menée par des unités des FAR avec le soutien du Génie militaire, a consisté à débloquer le passage routier, obstrué par des barrages de pierre, et construire un mur de défense qui met fin définitivement à toute incursion dans cette zone.
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En réponse à cette intervention, «les miliciens du Polisario ont effectué des tirs de harcèlement le long de la ligne de défense sans causer de dégâts ni humains ni matériels dans les rangs des FAR», déclare la MAP dans son communiqué du 15 novembre. Il est précisé également que les FAR ont riposté avec fermeté à ces tirs, occasionnant la destruction d’un engin porte armes à l’est de la ligne de défense, au niveau d’El Mahbes. Dans la foulée, la direction du Polisario a annoncé la fin du cessez-le-feu, et la reprise des hostilités.
Il est évident, que face au succès de cette intervention rapide et décisive les dirigeants du Front se sont retrouvés au pied du mur. Face à la position de retenue adoptée par le Maroc dans un premier temps, soucieux d’inscrire son action dans le cadre légal, les dirigeants séparatistes ont pêché par excès de confiance et n’ont pas pu anticiper l’action des FAR qui a rétabli par son intervention, le statu quo en vigueur depuis des décennies.
Alors qu’ils ont été à l’origine de cette crise en agissant unilatéralement et en bafouant les règles du droit international, ils se retrouvent dans une situation délicate. Ainsi, pour ne pas perdre la face, ils diffusent à travers leurs organes de presse et les médias sociaux des images d’anciens conflits (notamment entre l’armée indienne et pakistanaise) et les attribuent à des succès militaires acquis contre les FAR.
Alors qu’ils affirment avoir mené des attaques contre les FAR le long du mur de défense dans les zones de Mahbès, Haouza, Aousserd et Farsia, les observateurs s’interrogent naturellement sur le degré de préparation de ces milices armées dont les dernières opérations militaires remontent à 1991.

Sur le plan du matériel et de l’armement dont ils disposent, un grand doute existe sur la qualité et l’efficacité de leur arsenal. Ne disposant pas de moyens pour se doter de matériel militaire de pointe et étant complètement dépendant des donations faites par l’Algérie, il est évident qu’ils souffrent d’un déficit important en la matière. En effet, confrontés à une crise pétrolière et économique sans précédent, et en proie à des revendications sociales et démocratiques majeures, le pouvoir algérien a bien du mal à financer les milices séparatistes comme du temps des années où le baril de pétrole avait atteint la barre des 100 dollars. Face aux capacités militaires des FAR qui sont modernisées et mises à niveau régulièrement, le rapport de force est tout à fait déséquilibré voire inexistant. La composante de l’armée de terre marocaine fait partie des forces armées les mieux dotées en Afrique grâce à l’acquisition de moyens d’artillerie et de véhicules blindés récents. L’absence de composante aérienne du côté du Polisario prive ses milices de tout appui aérien, et les limite à des actions de guérilla qui n’ont pour seul but que des opérations ponctuelles de harcèlement.
Sur le plan de la formation et l’entrainement des milices séparatistes et du maintien en condition de leur matériel, rien n’indique non plus que ces milices soient préparées pour mener des manœuvres militaires abouties. Certes, les cadres militaires bénéficient de formations dans les écoles de l’Armée de Libération Nationale algérienne et le crash de l’avion militaire algérien qui transportait des gradés du Polisario d’Alger vers Tindouf en 2018 est venu le confirmer. Néanmoins, une force militaire opérationnelle nécessite des entrainements continus et des exercices de tir et de manœuvres qui font défaut à ces milices, qui passent leur temps à organiser les trafics illicites en lien avec les réseaux criminels.
L’immersion continue dans un environnement de combat et la vie en collectivité dans des casernes militaires ou des postions de défense, comme c’est le cas pour les troupes des FAR, est indispensable pour permettre aux soldats d’être constamment prêts et opérationnels pour le combat. Les milices, qui par définition font appel à des mercenaires payés pour des actions occasionnelles, pâtissent d’un manque de préparation physique, technique et psychologique qui peut être fatal lors des combats. Cela occasionne souvent une inaptitude à gérer le stress, un manque de coordination entre les troupes et une mauvaise utilisation des armes.
Le maintien en condition du matériel nécessite pour sa part des ateliers de réparation, des dépôts de munition et de carburant dont ne disposent pas ces milices. Alors que les FAR tirent leur force de l’organisation échelonnée de leur chaîne logistique, les milices du Polisario sont réduites à des actions limitées dans le temps et dans l’espace par manque d’appui de la chaîne d’approvisionnement et de soutien. Ainsi, leurs véhicules et leur armement sont plus rapidement livrés à l’usure due aux conditions extrêmes du terrain dans cette zone aride et désertique, et ne peuvent être recomplétés en carburant et munitions au fur et à mesure que la manœuvre se poursuit. Ce qui les prive d’une capacité à se projeter et à mener des actions offensives loin de leurs bases.
Le Maroc lance deux satellites d’observation
Enfin, l’acquisition de deux satellites de surveillance militaire en 2017 et 2018 par le Maroc, lui ont procuré un avantage stratégique décisif sur les milices du Polisario, mais aussi sur toutes les forces armées de la région. Ainsi, toute action projetée par ces milices est observée et anticipée par les FAR. Ce qui enlève tout avantage lié à l’effet de surprise et rend toute action très risquée pour le Polisario.
Le communiqué du Polisario qui précise que «les zones de Mahbès et Guerguerat ont été ciblées par des tirs d’obus et de mitrailleuses», n’est que l’expression d’un sentiment d’impuissance et d’amateurisme d’une milice qui ne dispose pas de moyens militaires capables de mettre en œuvre les ambitions belliqueuses de ses dirigeants. La déclaration qui évoque des attaques à l’aide de mitrailleuses est un aveu de faiblesse en soi, et ne saurait nullement inquiéter les Forces Armées Royales préparées pour des conflits bien supérieurs en force et en intensité.

source : yabiladi 18/11/2020

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