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LA TUNISIE : Doucement le matin, pas trop vite le soir et entre les deux il faut rien lui demander

Cela fera, lundi, 15 jours que le chef de tout l’Etat fait poireauter tout un peuple qui attend depuis le 25 juillet un nouveau chef de gouvernement et sa cohorte de ministres. Peut-être parce qu’il n’a pas encore trouvé candidat à un poste de simple premier ministre pour un chef d’Etat qui voudrait en contrôler toutes les articulations. Ou peut-être qu’il discute encore ses prérogatives avec le gouverneur de la BCT Marouane El Abassi, formé à l’orthodoxie financière, qui ne croit pas au pouvoir magique d’une BCT qui financerait sans limites une économie à qui le chef de l’Etat ne veut donner aucune perspective claire sous forme d’une feuille de route, claire, nette, précise et avec un timing séquentiel bien défini. Ou encore qu’il attendrait le 13 août (date de la fête de la femme) et nommer Nadia Akacha, son éminence grise, et avec laquelle il pourrait facilement, et sans risque pour son « idée », faire le marionnettiste.

Cela fera aussi 15 jours que personne ne travaille plus, ni à la Kasbah, ni au Bardo dont les portes sont cadenassées. La Tunisie d’entre les mains de Kais Saïed paie les dettes, diminue ses réserves, augmente son inflation à 6,4 %, haussait de 6,4 % ses dépenses de rémunération (Chiffre de fin mai Ndlr), et baissait de presque 6,6 MDT ses dépenses d’investissement. 15 jours aussi, que l’Etat ne s’occupe plus de ses finances, sauf pour ce qui est de ses jours d’importation, de sa loi de finance corrective de l’exercice 2021, et de son budget pour l’exercice 2022, ni d’ailleurs de ses négociations avec les bailleurs de fonds pour déterminer sur quel pied danser l’année prochaine.

Le nouveau chef, transitoirement de tout l’Etat, s’occupe certes de quelques problèmes du quotidien du peuple, comme les prix où les suppliques et prières ne font pas le même effet que l’ordre, mais pas encore de ses finances.

Et quand bien même ferait-il razzia sur les biens de ceux qu’il croit les avoir spoliés, cela demandera du temps pour qu’il puisse les voir entrer en monnaie sonnante et trébuchante dans les caisses du trésor, et qu’il puisse y puiser librement pour régler tous les problèmes de la Tunisie, demanderait du temps, peut-être trop de temps pour un chef sans feuille de route. Les mouvements du 25 juillet 2021 ont certes été construits sur l’idée, clairement énoncée, de départ d’Ennahdha. Mais aussi sur l’idée non clairement prononcée de l’amélioration de la situation économique. Or, cette donnée reste jusque-là oubliée par le chef qui s’est approprié ce mouvement.

–          Ennahdha est toujours là, en sourdine, genou à terre, mais pas vaincue !

Cela fera aussi 15 jours que Rached Ghannouchi et toutes les grosses têtes de son parti, refusent de battre leur coulpe et de battre enfin la chamade. De Londres à Washington, en passant par Paris, ils battent, par contre, le pavé à la recherche d’appui international et font feu de tout bois, y compris le vaccin. Force est en effet de constater, bon gré mal gré, que le coup du 25 juillet a estomaqué le parti islamiste tunisien Ennahdha, mais ne l’a pas encore mis à terre. La justice qui devait accélérer le traitement de certains dossiers qui les mettent en cause, comme ceux des assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, traîne toujours, même sur le dossier du financement de la dernière campagne électorale de ce parti. Il y a eu certes le placement sous résidence surveillée d’Anouar Maarouf. Mais on pourrait presque parier que son appel devant le Tribunal Administratif (Ce dernier avait en 2016 gommé tout leur passé judiciaire en B3), lèverait prochainement cette mesure. Sinon, toutes les autres directions du parti courent toujours les plateaux, et attendent le retour du gourou Ghannouchi au Perchoir, toujours tapis derrière leurs anciennes positions, et cloîtrés dans le déni du mal fait pendant 11 ans à tout un pays. Or, c’est contre ce parti et ses apparatchiks que les voix des mouvements populaires du 25 juillet et d’avant, s’étaient élevées pour demander leur départ de la scène politique.

–          Et maintenant ? Que va-t-il faire ?

Interrogé par l’AFP sur les prochaines étapes de Kais Saïed lequel, selon nous, semble pour l’instant ne pas se soucier du temps et de son coût politique et économique, le politologue Hatem M’rad pense que « le président seul sait ce qui va se passer. Il doit choisir un Premier ministre à sa mesure pour constituer un gouvernement avec des hommes de confiance, surtout à la Justice et à l’Intérieur.

Mais lui-même peut toujours changer de stratégie, ou peut être poussé à improviser si les circonstances l’y conduisent. Il y a un aspect d’imprévisibilité à ne pas occulter (…). C’est un ancien collègue, d’un naturel moral et rigide, qui fuit la discussion et accepte rarement les concessions. Il y a de quoi être inquiet. Mais il n’est pas plus fort que la révolution ».

Slim Laghmani, un autre juriste qui connait très bien Kais Saïed, disait récemment sur sa page fb, que « contrairement à ce que beaucoup pensent et à ce que lui-même laisse souvent penser, KS n’est pas un impulsif, il n’improvise pas. On peut être d’accord ou pas, mais politiquement, jusque-là, zéro erreur ». Mais il disait aussi, le 3 août, que « ce n’est pas le juriste qui parle. C’est le citoyen, c’est le père. Cela ne pouvait plus durer. L’Etat avait quasiment disparu, et la société rongée par la Covid, la pauvreté et « l’klhmej » se désagrégeait. Donc, le 25 juillet c’était une nécessité et nécessité fait loi.

Mais ce que nous vivons depuis le 25 juillet ne peut pas non plus durer. Mr le président dites-nous où vous allez, où pensez-vous nous mener ? Le 13 août, quel discours tiendrez-vous? Pressez-vous, même lentement, mais pressez-vous, le 24 août c’est demain ! »

source : africanmaneger  08/08/2021

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