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In this Thursday, March 5, 2015 photo, youth dance at a local wedding in Salam City, a suburb on the outskirts of Cairo. Since the 2011 uprising, the music of "Mahraganat," Arabic for "festivals," has emerged from and spread through impoverished communities, where local musicians play, especially during weddings, their auto-tuned beats and songs that tackle social, political and cultural issues. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

L’Egypte interdit temporairement le mouvement musical populaire des « mahraganat »

Le syndicat égyptien des musiciens, qui dépend du ministère de la Culture, a affirmé dimanche avoir temporairement suspendu les permis de travail des artistes du mouvement musical électro « mahraganat », qui enflamme la jeunesse égyptienne depuis une dizaine d’années.
Dans un communiqué, le syndicat a justifié sa décision en affirmant « avoir décidé de suspendre temporairement les permis délivrés aux chanteurs de mahraganat (qui signifie « festival » en arabe, ndlr), afin étudier leur dossier et de préserver les valeurs artistiques égyptiennes ».
La décision intervient le jour même où le chanteur égyptien Mustafa Kamel a pris ses fonctions de président du syndicat, succédant au chanteur Hani Shaker, qui a mené une croisade de plusieurs années contre ce genre musical qu’il qualifiait d’ »inacceptable ».
Tarek Mortada, porte-parole du syndicat, a affirmé dimanche à l’AFP que « dans les prochains jours, un comité sera formé pour étudier le dossier » et déterminer une ligne de conduite qui pourrait inclure une interdiction définitive de ce style musical qui, au-delà de l’Egypte, a conquis l’ensemble du monde arabe avec ses stars qui sont parvenues à monétiser leurs succès sur les réseaux sociaux.
La décision, a précisé M. Mortada, visera à « préserver le goût du public dans le pays ».
En février 2020, le syndicat avait appelé « tous les établissements touristiques, navires de croisière, boîtes de nuit et cafés à ne pas faire affaire » avec les musiciens de ce genre musical, également appelé « électro-chaâbi », qui mélange rythmes orientaux rapides et refrains auto-tunés (effets de voix robotiques). Mais cet appel n’avait pas eu grand effet.
A l’époque, Hassan Chakouch, interprète de « Bint al-Giran » (« La fille d’à côté ») qui a réuni plus de 600 millions de vues sur YouTube, s’était attiré les foudres des autorités après un concert lors duquel 60 000 fans avaient repris à tue-tête les paroles de sa chanson, « Je bois de l’alcool et je fume du hashish ».
Le « mahraganat » est devenu l’un des styles musicaux les plus écoutés en Egypte. Si dès la fin des années 2000, le mouvement s’est développé depuis les quartiers populaires du Caire, c’est après le soulèvement populaire de 2011 qui renversa Hosni Moubarak, que ce style s’est imposé sur la scène musicale égyptienne.
Utilisant des logiciels gratuits ou bon marché, les jeunes musiciens ont remixé de la musique traditionnelle égyptienne avec des sons électroniques tout en s’inspirant du rythme des rappeurs.
Mais ses détracteurs estiment que le « mahraganat » est dénué des qualités sentimentales de la musique pop qui a dominé les décennies précédentes en Egypte.

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