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Rabat et Paris sans ambassadeurs : Simple coïncidence !

Peu de temps après la nomination de l’ambassadrice de France à Rabat, Hélène Le Gal, à un poste au sein de l’UE, notre ambassadeur à Paris, Mohamed Benchaâboun, est nommé à la tête du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Réciprocité dans la bienséance.

Le 18 octobre 2022, un communiqué du porte-parole du Palais royal, Abdelhak El Merini, diffusé par l’agence MAP, annonce la nomination en Conseil des ministres, présidé par le Roi Mohammed VI à Rabat, de Mohammed Benchaâboun à la tête du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. C’était la seule nomination programmée, mais combien inattendue! Ce changement de poste pour l’ambassadeur du Royaume à Paris, dans un contexte de tensions persistantes entre le Maroc et la France, suscite bien des interrogations. Nommé en octobre 2021, M. Benchaâboun s’était à peine habitué à sa nouvelle mission qu’il est déjà de retour, pour prendre les rênes du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Si elle n’est pas officiellement présentée comme un rappel, la décision est symboliquement lourde de sens.

Une hérésie diplomatique

Personne ne conteste le choix de M. Benchaâboun, un commis d’État qui a fait ses preuves. D’autant plus que du temps où il était ministre des Finances, c’est lui qui s’était chargé d’annoncer, lors de la première année de la crise sanitaire, la création de ce Fonds et ses attributions. Aussi, il avait occupé le poste de président d’une grande banque, la Banque Populaire. C’est dire qu’il a le profil idoine pour diriger cette structure appelée à être le fer de lance de la relance économique du pays.

Mais, au-delà du mérite, son départ de la capitale française un an à peine après son arrivée, résonne comme un rappel de celui de Hélène Le Gal, ancienne ambassadrice de France à Rabat. Est-ce la réponse du berger à la bergère?

Reconstituons les faits. Débarquant au Maroc en septembre 2019, l’ambassadrice Hélène Le Gal, qui incarnait les hostilités de la France de Macron, était toujours en fonction quand elle a été nommée directrice générale Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Si sa nouvelle mission a été médiatisée, son départ, lui, a été entouré de silence.

Un rappel déguisé

Une nomination ou un rappel déguisé, peu importe l’appellation. Ce qui compte, c’est que cet acte représente une hérésie aux usages diplomatiques, en général, et à ceux liant Rabat et Paris, en particulier. Le protocole a toujours été respecté. Sauf dans le cas Le Gal, une fonctionnaire qui méconnaissait le Maroc et ses institutions. Son rappel est aussi synonyme d’une vacance diplomatique. Le pire, c’est que le nom du remplaçant de Mme Le Gal n’a toujours pas été officiellement révélé. Ce qui renseigne sur les tensions qui marquent les relations entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Ce camouflet diplomatique explique la décision officieuse de Rabat de «rappeler» M. Benchaâboun tout en lui donnant, comme pour Mme Le Gal, le cachet d’une nomination à de nouvelles fonctions. Résultat: Les deux ambassades de France à Rabat et du Maroc à Paris sont gérées par des chargés d’affaires ou par des ministres-conseillers. Entre les deux capitales, plusieurs points de discorde persistent. Rabat reproche à Paris une incohérence et une position non-revisitée sur le dossier du Sahara.

Le déplacement en grande pompe à Alger, avec près des deux tiers de son gouvernement et du CAC 40, de la Première ministre française, Elisabeth Borne, étaye cette position floue de Paris sur l’intégrité territoriale du Royaume. De Chirac à Macron, en passant par Sarkozy et Hollande, la France a été certes l’un des premiers pays à apporter son appui au plan d’autonomie du Maroc. Mais les temps ont changé.

Comparée à la reconnaissance par les Etats-Unis de Trump et de Biden de la marocanité du Sahara et les évolutions remarquées des positions de l’Espagne (surtout en tant qu’ex-colonisateur) et de l’Allemagne, la France n’a pas suivi et n’a pas montré qu’elle est l’allié stratégique et le partenaire économique historique du Maroc qu’elle a toujours été.

Que la France campe sur sa position est la pilule qui ne passe pas à Rabat. Le discours du Roi Mohammed VI du 21 août 2022 à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple constitue le nouveau paradigme de la diplomatie marocaine. «Je voudrais adresser un message clair à tout le monde: le dossier du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international. C’est aussi clairement et simplement l’aune qui mesure la sincérité des amitiés et l’efficacité des partenariats qu’il établit», a déclaré le Souverain.

Fausses informations

A l’Élysée, on ne comprend toujours pas le changement d’attitude de Rabat. La France de Macron était habituée à un interlocuteur qui la ménageait car il pensait qu’un allié d’un jour est un allié de toujours. Et puis un allié, ce n’est pas celui qui manœuvre secrètement et parfois ouvertement contre notre intégrité territoriale et qui fait de celle-ci un moyen de chantage.

La preuve par neuf a été donnée tout récemment par l’agence de presse publique française AFP, qui a, une fois de plus, affiché des revendications pro-Polisario et des fausses informations en rapport avec la visite du chef du Polisario, Brahim Ghali, en Afrique du Sud, contestant la position du Maroc sur son Sahara.

Ce n’est pas la première fois que l’AFP affiche un parti-pris qui vient étayer les revendications portées par le front Polisario séparatiste et ses partisans. Mais, cette fois-ci, elle est allée loin dans sa volonté de désinformation. L’AFP a partagé une série de propos hostiles du président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a juré son soutien sans vergogne aux revendications d’indépendance du Front Polisario au Sahara marocain. Ignorant ou faisant semblant d’ignorer les récentes résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, l’agence de presse de l’Hexagone a allégué que la communauté internationale «a longtemps soutenu un référendum» dans cette région.

Ainsi, l’AFP prouve son parti-pris clair en reprenant à son compte un récit adopté par l’Algérie et les partisans des séparatistes, dont l’Afrique du Sud.

De plus, l’AFP a suggéré que le Polisario a la reconnaissance de plus de 80 pays, le même chiffre fréquemment promu par les médias pro-Polisario. En vérité, le nombre de pays qui reconnaissent la fantomatique RASD est passé de 80 à moins de 35 pays de par le monde. La position opaque sur la question du Sahara est, pour ainsi dire, le nœud de la crise diplomatique entre Rabat et Paris. Si elle est restée inchangée des décennies durant, elle n’en demeure pas moins mitigée, voire dépassée, par celles encore plus claires de l’Espagne et de l’Allemagne.

Manœuvres souterraines

Publiquement, la France ressort la carte du dossier de rapatriement des mineurs marocains pour dissimuler le vrai problème. Sur ce dossier, la consigne (ou plutôt la punition qui a ciblé aussi l’Algérie et la Tunisie) visant à réduire de moitié les visas Schengen délivrés aux Marocains ou encore l’affaire Pegasus sont une offensive de bas étage qui vise avant tout à faire plier les hauts responsables marocains.

En Afrique, la France perd du terrain au profit de la Russie et de la Chine. Mais aussi du Maroc, qui agit naturellement et légitimement comme un pays qui appartient à ce même continent et qui cherche à bousculer le paradigme né du colonialisme français en établissant des rapports gagnant-gagnant avec des pays frères et amis. Ce que la France considère comme une concurrence indue la pousse à doubler ses manœuvres souterraines concoctées avec l’Algérie, la Tunisie et l’Afrique du Sud, pour contrecarrer le succès et l’influence diplomatique du Maroc sur les plans régional et international et surtout la reconnaissance grandissante du plan marocain d’autonomie.

Connu pour être un financier dans l’âme, Emmanuel Macron est prêt à sacrifier le Maroc pour quelques barils de pétrole algérien de plus. Mais aussi pour des milliards de m3 de réserves de gaz pour le chauffage, ce qui lui évitera de vraies tensions en France en cette saison d’hiver marquée par de basses températures.

Tout cela explique pourquoi, en surface, on ne cherche pas à enfoncer le clou et il y a beaucoup d’informel comme c’est le cas des rappels de Benchaâboun et de Le Gal et d’échange d’un minimum de bons procédés. En profondeur, c’est une véritable crise diplomatique qui ne dit pas son nom .

source :  maroc hebdo 21/10/2022

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